Le week-end dernier avait lieu la première édition du trail du Roc du Diable, après le 10 bornes d’Issoire j’avais pourtant prévu du repos mais le fameux Ours des Combrailles est sorti de sa tanière :
« Allo Seb, tu veux pas faire un trail ce week-end ? »
« Euh ben ché pas, c’est quoi ton trail ? »
« C’est à Châtel, 11 bornes dans les bois avec 500m de dénivelé ! »
« Gloups !!! Euh si tu veux, mais moi j’emmène le piolet, les cordes et le
baudrier ! »
On se retrouve donc dimanche matin à 10h sur la ligne de départ et l’Ours des Combrailles ne manque pas de me sortir ça bonne vieille technique d’endormissement de l’adversaire :
« Ouah Seb, t’as fait de la borne ces derniers temps, c’est toi qui va gagner, et puis moi j’cours qu’une fois par semaine ………….. »
« Ouais c’est ça Romain ! Tu coures qu’une fois par semaine et t’as déjà gagné 2 trails ces dernières semaines ! »
Pendant que l’on est en train de se brosser dans le sens du poil le coup de pistolet retentit.
220 trailers s’élancent sur les chemins humides de Châtel.
Le coquin de Martin mène la danse et étire fortement le peloton en prenant le commandement dans la première descente, j’ai à peine le temps de remettre mes rotules en place que l’a première bosse s’enchaine juste derrière, ça monte progressivement et on est déjà plus que 5 en tête, au détour d’un virage le premier single bien raide se présente, l’Ours déboite et Martin ne réagit pas, je mets un petit moment à comprendre que le Bib plafonne et je décide à contretemps de revenir sur l’homme de tête, je finis non sans difficulté par recoller à la bête mais l’effort a été violent et sur ce style de parcours une fois que l’aiguille est dans le rouge, elle ne redescend plus !
En duo infernale on enquille plusieurs descentes techniques et pentues en se freinant avec les branches et les cordes jonchant le sentier, on débouche sur une clairière ou l’on peut jauger les écarts, le trou est fait mais le 3eme est toujours à vu.
Dans le long faux plat menant au ravito du 6eme km l’Ours me mène la vie dure, on passe sans dire bonjour et sans boire le canon, pas le temps à la dégustation, du coup l’Ours se retourne et me sourit tel le diable prêt à sortir de sa boite. Je me dis que le coco peut sourire tant qu’il veut, je ne lui lâcherais pas la grappe, mais malgré tout sous le rythme endiablé qu’il m’impose je sens que quelque chose de pas très saint s’annonce, en effet le juge de paix du parcours se profile devant nous, une patate à 100m de dénivelée, à montée les mains sur les genoux qui disaient sur le road book.
Et bien ce fut un grand moment ………................de solitude………............ Je m’écrase comme une m..de dés le pied, comme si j’avais tapé la tête contre un mur, mon front s’en souvient encore, je monte ou plutôt j’escalade cette rampe à 4 pattes, j’ai le cœur qui explose, les mains qui tremblent et j’y vois plus très clair, pas moyen de trouver des appuis et à chaque fois que je lève la tête, j’aperçois mon Romain droit comme un I en train de courir dans ces pourcentages diaboliques, l’Ours royal s’envole et je me dis que c’est normal, il était un pure grimpeur à vélo et il reste un pure grimpeur à pieds.
Tant pis, je tente quand même une dernière tentative désespérée :
« Hey ! Romain ! »
« …………………………. »
« Hey ! Allez quoi t’es mon copain, attends moi bordel ! »
« …………………………. »
« Aaaaaaaaaaaarghhhh !!!!!!!! »
Cette fois-ci je n’ai plus de doute, le malheureux est possédé par le démon et je ne peux plus rien pour lui, il a vendu son âme rien que pour me mettre la misère.
Je bascule enfin au sommet et la bagarre ne fait que commencer puisque le 3eme est juste derrière à mes trousses, et malgré les portions de plat qui défilent sous mes pieds, je suis cuit et je n’arrive plus à allonger la foulée.
La grande descente qui suit va vite régler le problème puisque cette fois-ci je n’arrive plus à me retenir, les jambes s’emballent voir s’affolent et du coup la foulée s’allonge dangereusement, ça tourne au slalom géant, j’ai la tête à gauche les pieds à droite et inversement, je navigue entre la rouge, la bleu et je ne maitrise plus grand-chose, ça sens de plus en plus la gamelle voir le coup de bourrichon dans le chêne centenaire des bois de Châtel, mais trop respectueux de préserver la flore locale et mon intégrité physique je décide comme à chaque fois que je ne suis plus capable de trouver une solution et qu’il ne reste plus aucun espoir de faire appel au ………………...........Capitaine Flam !............................Euh non………………..De prier le bon Dieu !............................
Enfin bon, je sais plus, en tout cas l’un ou l’autre ça doit marcher puisque je sors de ce creux de l’enfer vivant et entier pour affronter, vous l’aurez deviné, une énième bosse.
Le 3eme me colle toujours au talon, à chaque fois que je me retourne j’aperçois une grande tige vêtu de blanc, en bon vieux cycliste il ne lâche pas le morceau et bien sûr en bon vieux cycliste je ne lâche pas le morceau non plus, au final ce petit manège m’oblige à me faire violence jusqu’au dernier centimètre de l’épreuve et en fin de compte je conserve cette 2eme place jusqu’à la ligne d’arrivée que je franchis en 50 :47.
En conclusion, une bien belle épreuve que ce trail, et quoi de plus logique sur ce 11 bornes aux allures de cross long, d’avoir vécu l’enfer sur le Roc du Diable.
Et malgré cette nouvelle déconvenue conspirée par l’Ours des Combrailles, à défaut d’avoir vu le Roc j’aurais au moins vu le Diable !
Résultats 10 km :
1 DAUMAS Romain 49 :49
2 MOREAU Sebastien 50 :37
29 RUELLE Pierre 1:00 :00